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Webrips made in Iznéo

lundi 2 novembre 2015, par BDZMag

Il y a 4 ans déjà, le temps passe vite, j’avais tiré la sonnette d’alarme sur les webrips qui commençaient à apparaître sur les réseaux de partage.
Au début, ils étaient diffusés sans précision indiquant leur origine. Mais, petit à petit, le mot webrip est venu s’insérer dans les tags et là nous savions que le scan était issu d’une plateforme de téléchargement légal de BD numériques.
Récemment, nous avons passé un nouveau cap, car une team nous indique clairement que les scans viennent d’Iznéo.

Ce n’est pas une surprise en soi, puisque les webrips disponibles ont deux sources majeures : Iznéo et ComiXology.
On arrive clairement à un tournant majeur dans le petit monde du scan de bandes dessinées, vu que prendre sur les plateformes légales est si facile…
Scanner une bande dessinée et la diffuser sur les réseaux de partage est un acte illégal et répréhensible. Or, jusqu’à maintenant et à de rares exceptions près, tout cela était fait de manière désintéressée par des communautés de passionnés qui n’avaient d’autre but que de faire partager leur amour de la bande dessinée.
On a pu observer au cours des années, un véritable dévouement pour une activité extrêmement chronophage. Produire un scan de qualité demande en effet plusieurs heures de travail entre le scan proprement dit et les retouches. Des scanneurs sont venus, puis se sont lassés, d’autres sont arrivés et ont pris le relais, profitant de l’expérience de leurs aînés.
Les principaux arguments pour justifier leurs actes étaient la sauvegarde de l’existant, notamment en numérisant des bandes dessinées rares et anciennes, mais aussi du fait que numériser permettait de faire découvrir de nouvelles BD et pouvait inciter à l’achat.
Une forme de morale s’est mise en place sur la plupart des réseaux de partage, en laissant un délai de 6 mois minimum entre la sortie en librairie et la diffusion du scan.
On pourra penser qu’il s’agit là du portrait idyllique ou hypocrite d’une bande d’artisans pirates ou de Robin des bois numériques. On pourra néanmoins constater que très peu de scanneurs ont été inquiétés par la Justice, le côté marginal de la lecture sur écran y étant sans doute pour beaucoup.
Mais, avec la démocratisation des tablettes grand format qui apportent un confort de lecture accru, il y a fort à parier que lire sur écran deviendra bientôt une seconde nature.

Aujourd’hui, avec l’apparition des plateformes légales de diffusion de bandes dessinées, produire une BD numérique en vue de la partager n’implique plus autant de travail ni de savoir-faire qu’avant.
On ne peut même plus utiliser le terme de « scan » à proprement parler.
Avec un minimum de pratique, tout le monde est capable de faire des copies d’écrans sur le site du vendeur. Et du coup, la BD numérique devient partie intégrante du milieu du warez, qui diffuse tout ce qui est numérisable et a une valeur marchande, non plus dans un but de partage, mais dans un but lucratif.
Nous observons donc une mutation du partage de la BD qui peut être très dangereuse à l’heure où le numérique est en passe de prendre une plus grande place pour les nouvelles générations.
Il n’est plus question d’une diffusion raisonnée et marginale. Le principe du warez est de tout diffuser et tout de suite, le jour même de la mise en vente numérique ou physique.
Du coup, même si le marché numérique légal est encore faible en France, comment les éditeurs vont pouvoir un jour concurrencer l’offre illégale si cette offre est supérieure en nombre de fichiers disponibles et propose les mêmes fichiers sans les contraintes de DRM et bien sûr la gratuité ?
Rappelons ici qu’une BD en « vente » sur un site légal n’est en fait que consultable en ligne pour un temps qui peut être limité à quelques jours, une sorte d’équivalent de la VOD pour les films.

Jusqu’ici, les plateformes légales pouvaient penser que les BD numériques qu’ils proposent étaient de meilleure qualité que les scans artisanaux, même si ce n’est pas toujours le cas.
Ces mêmes sites pouvaient aussi penser que leur offre, bien que largement moins exhaustive que la bibliothèque pirate, était à même de satisfaire la majorité de leurs clients.
Désormais, l’intégralité de leurs fichiers numériques va être diffusée gratuitement, en téléchargement définitif, consultable hors ligne.
Pour justifier l’achat sur ces sites il reste encore l’honnêteté du client et l’accès rapide à la bande dessinée, mais jusqu’à quand ? Au prix où sont louées ces BD numériques, il est permis de se poser la question.

Le cinéma a subi de plein fouet l’impact du piratage, mais rien ne remplacera le visionnage d’un film en salle.
L’internaute n’aura jamais vraiment chez lui l’équivalent du cinéma, mais pour la BD numérique, si cette tendance à la dématérialisation se poursuit, la contrefaçon sera strictement identique à l’original. La question de la rentabilité de la BD numérique risque alors de se poser.

Le tableau n’est peut-être pas aussi noir qu’il y paraît. En effet, il existe un diffuseur numérique pour lequel on ne trouve aucun webrip sur les réseaux de partage illégaux. Il s’agit de Digibidi, qui utilise un système de tatouage numérique (watermark) qui permet d’identifier la provenance du fichier de manière unique. Apparemment, cela suffit à faire peur aux éventuels candidats au piratage.
Les autres plateformes n’ont certainement pas pris conscience du danger qui guette leur modèle économique, sans quoi elles en auraient déjà fait de même.

Et nos artisans du scan dans tout ça ? Que vont-ils devenir ?
Ceux qui scannent de vieux ouvrages vont continuer leurs travaux d’Hercule.
Mais pour ceux qui scannaient du matériel plus récent, plutôt que de passer des heures à numériser les BD papier, autant récupérer la BD numérique piratée et la diffuser sur leurs réseaux de partage.
De la même manière, les vieux scans seront, petit à petit, remplacés par leur équivalent numérique de meilleure qualité.
En se retranchant derrière leur délai raisonnable de 6 mois avant diffusion, ces communautés espèrent sans doute rester suffisamment discrètes pour ne pas attirer l’attention des plateformes légales.
Le seul hic dans ce raisonnement est que ces plateformes ne vendent pas que des nouveautés.
Lors de la sortie du dernier Astérix, tous les autres tomes étaient proposés à la vente au même prix que le Papyrus de César.
Et, plus l’enjeu économique sera fort, plus le manque à gagner amènera les sites légaux à riposter de manière drastique. À ce moment-là, il leur faudra trouver des boucs émissaires, et il est très probable que les réseaux de partage de scans, les plus exposés, soient les premiers à trinquer.

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Messages

  • J’étais abonné à izneo et il n’y avais pas de filtres quand on lisait à partir d’un Android. J’ai découvert qu’on pouvait tout simplement cliquer sur télécharger. J’ai été très surpris.
    Je suis lecteur et collectionneurs de bd, j’ai la trentaine, et je n’ai pas accroché a la la lecture numérique, ni sur téléphone, ni tablette, ni Ordi. J’ai téléchargé une série que j’ai à la maison, car je considérais à l’époque que « si je l’ai en version papier à la maison c’est pas du piratage ».
    Je ne l’ai jamais lu ni en vacances ni même dans les transports… alors je l’ai effacé. Finalement même en vacance j’emporte mes bd papier.
    Le format papiers désormais est devenu très cher. Il faut y consacré un gros budget, surtout certaines série à 14€ les 44 pages. Je n’achète presque plus rien en neuf, à peine 2 à 3 bd tout les 2 mois, des intégrales ou des auteur que j’affectionne. Par contre j’achète plus en occasion. J’attends parfois 4 à 5 ans et je trouve. il fait être patient et vivre « BD » avec quelques années de décalages.

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