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Vaine tentative d’interview croisée.

jeudi 28 février 2013, par BDZMag

Flash-back : nous sommes le 20 février 2013, et nous envoyons cette demande d’interview croisée aux quatre principaux éditeurs de BD numérique.

Avance sur image : deux jours plus tard, Izneo nous fait cette réponse lapidaire :

Nous ne sommes pas convaincus de la pertinence de l’exercice.

Retour au présent.
Seul, AveComics a répondu à nos questions. Nous les remercions de leurs réponses détaillées, bien que politiquement et "markettiquement" correctes.
De toute façon, je suppute que les questions de Julien Falgas sont la seule cause de la reculade des autres éditeurs contactés. Je lui avais bien dit, pourtant, qu’ils n’allaient rien capter !

L'interview}}

1. BDZmag  : Izneo, AveComics,bdBuzz, comiXology, on peut actuellement vous considérer comme les acteurs les plus importants de l’offre légale en BD et comics numériques. Considérez-vous le marché francophone assez développé en ce moment pour être viable et pour que chacun d’entre vous y trouve sa place ?

AveComics :

Le marché du livre numérique et de la bande dessinée numérique est en train de se créer. Les tablettes arrivent à peine dans la plupart des foyers. Il faut plusieurs acteurs dans ce domaine, afin de proposer une offre riche et variée. Nous avons tous une approche particulière. Chez AveComics, nous avons mis l’accent sur la qualité de la lecture sur support numérique ainsi que sur la portabilité des bandes dessinées sur tous les écrans. Toutes les bandes dessinées que nous distribuons sont adaptées à une lecture pour les petits écrans des Smartphones. Un autre traitement permet une lecture des BD adaptée aux tablettes et un autre adapté aux écrans d’ordinateur. Nous avons aussi privilégié la création en étant à l’initiative de projet comme Bludzee de Lewis Trondheim (feuilleton BD pour iPhone), et en proposant aux éditeurs et auteurs d’utiliser notre logiciel ComicComposer, logiciel permettant de créer des BD numériques. On peut voir des créations numériques innovantes de jeunes auteurs utilisant ComicComposer sur le site EspritBD.

Izneo, bdBuzz, comiXology :

2. BDZmag : Vous ne pouvez pas ignorer que le piratage des BD franco-belges, des comics français ou anglo-saxons et des manga existe depuis bien plus longtemps que l’offre légale, au moins douze ans, pendant lesquels il n’y a eu que peu de réactions. De fait, l’offre pirate possède au final un catalogue bien plus important que les vôtres, souvent dans une qualité au moins similaire à celle de vos productions, et qui continue régulièrement à se développer.
Pensez-vous que le piratage puisse constituer un frein à votre expansion ?

AveComics :

Le piratage traduit de nouvelles tendances, auxquelles il faut être attentif : le développement de la lecture sur support numérique, l’internationalisation de la diffusion des œuvres culturelles et la volonté pour les fans d’accéder très rapidement aux dernières nouveautés. Les offres légales doivent être performantes et offrir des services de qualité afin d’attirer les lecteurs vers une offre qui rémunère les auteurs. Pour offrir un service de qualité, AveComics ne se contente pas de vendre des fichiers pdf mais adapte toutes les BD aux écrans, pour un vrai confort de lecture.

Izneo, bdBuzz, comiXology :

3. BDZmag : Cory Doctorow (blogueur, journaliste et auteur de science-fiction canado-britannique, favorable à des lois sur le droit d’auteur moins contraignantes, qui travaille pour l’organisation Creative Commons et milite à l’Electronic Frontier Foundation) a dit :
« L’enjeu est donc de traiter le piratage comme un obstacle à contourner, et sûrement pas comme un roc posé devant la route qu’il faut tenter d’éradiquer pour continuer son chemin. Et pour le contourner, la méthode est simple : elle passe par de nouvelles solutions de commercialisation, de nouveaux modèles économiques qui s’ancrent dans la réalité du net. Parce qu’une chose est certaine : Internet ne changera pas sa vocation première, qui est le partage. »
Qu’en pensez-vous ? Envisagez-vous de « contourner l’obstacle », et si oui, par quels moyens ?


AveComics :

Effectivement, les offres légales comme AveComics font partie des nouvelles solutions de commercialisation. Nous apportons des solutions techniques pour répondre aux attentes des internautes : comme nous appuyer sur des systèmes de paiement simples, assurer la portabilité sur tous les écrans, offrir des liens avec les réseaux sociaux pour permettre les recommandations. C’est très encourageant de voir également les auteurs et les éditeurs s’approprier cette question. Nous sommes là pour les accompagner.

Izneo, bdBuzz, comiXology :

4. BDZmag : Vous avez tous fait le choix quasi exclusif du « streaming » pour la lecture des BD numériques que vous proposez, soit à la vente, soit ou à la location, plutôt que celle du téléchargement de fichiers PDF ou CBZ/CBR. Ce choix, vraisemblablement motivé par la crainte d’une redistribution illégale de vos produits, n’est pas sans poser de problème avec les nouveaux médias mobiles (smartphones, tablettes) : temps de chargement de page, nécessité d’une connexion internet pour accéder à sa bibliothèque… sans parler de la possible disparition du Flash à la base de vos lecteurs en ligne.
Comment envisagez-vous ces nouveaux usages, et le souhait – légitime – de vos clients, d’avoir accès à leurs BD numériques à tout moment et en tout lieu ?
De plus, avec le streaming, vos produits restent au final une succession d’images qui transitent par internet et s’affichent à l’écran. Comment prenez-vous en compte la possibilité d’un piratage par « webrip » (reconstitution des BD numériques à partir des copies d’écran), ou même par la capture directe des images dans le cache des navigateurs ?

AveComics :
Toutes les BD d’AveComics peuvent être téléchargées sur smartphones et tablettes, via l’application AveComics, et être lues sans être connecté. C’est un service que nous avons tenu à rendre dès le départ. Les smartphones et tablettes offrent une sécurité suffisante pour que l’on puisse proposer ce service. Il n’y a que la lecture depuis le site d’AveComics qui suppose une connexion internet. Il ne faut pas oublier que la manière la plus simple de pirater une BD consiste malheureusement à scanner un album papier.


Izneo, bdBuzz, comiXology :

Contacté pour préparer cette interview, Julien Falgas, doctorant en sciences de l’information, engagé dans une thèse sur les usages numériques des auteurs et des lecteurs de bande dessinée, a souhaité ajouter les questions suivantes :

1. Selon l’économiste François Moreau, spécialiste des industries culturelles, l’édition de bande dessinée, tout comme les autres industries culturelles, repose sur une centralisation de la distribution et de la prescription. Or l’économie numérique bat ce modèle en brèche en décentralisant la distribution et la prescription. Comment vos offres intègrent-elles cette nouvelle donne ?

AveComics :

C’est une des forces du numérique : offrir plusieurs solutions de distribution, toucher de nouveaux lecteurs, permettre l’émergence de nouveaux prescripteurs. Sur AveComics, les lecteurs peuvent noter les bandes dessinées et partager en un clic leur coup de cœur sur Facebook et Twitter. Nous mettons également en avant le choix des lecteurs en offrant un accès rapide au top des ventes et en affichant quelles sont les BD achetées par les autres lecteurs ayant lu tel album.

Izneo, bdBuzz, comiXology :

2. Le groupe de travail sur la convergence du MIT, et notamment Henri Jenkins, suggère qu’à l’ère numérique « ce qui ne circule pas est mort » (« what doesn’t spread is dead »). Comment la bande dessinée peut-elle tirer son épingle du jeu face à d’autres formes médiatiques qui profitent aujourd’hui pleinement de la circulation, fût-elle illégale ?

AveComics :

Le numérique permet au marché de la BD de s’internationaliser un peu plus : la première BD numérique que nous avons publiée a été téléchargée à 40% à l’étranger. L’accès aux albums n’étant plus un souci, l’enjeu devient la traduction. Lorsque nous avons sorti Bludzee avec Lewis Trondheim, nous avions traduit les BD en plusieurs langues. Il faut développer ce genre d’initiatives à l’avenir : les éditeurs et les auteurs en ont pris conscience.
La circulation d’une œuvre n’est pas le seul modèle. Chez Aquafadas, qui a développé AveComics et qui offre des solutions d’édition numérique pour les livres et les magazines, nous voyons des ouvrages très spécialisés se vendre parfaitement en numérique, à un prix plus élevé que la moyenne. Ils tirent leur épingle du jeu car ils répondent à une problématique bien précise. On peut imaginer des BD qui s’appuieraient sur une communauté bien définie, prête à mettre le prix pour s’offrir une belle version numérique d’un auteur qu’elle adore.

Izneo, bdBuzz, comiXology :


http://julien.falgas.fr/

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