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Je ne suis pas une BD jetable !

jeudi 24 janvier 2013, par BDZMag

Peu de news dernièrement sur la BD numérique, donc peu d’articles dans le Mag.
Et puis, en allumant mon ordi hier, que vois-je dans les Google Alertes ?
Un article, publié par letelegramme.com, article qui n’est qu’une pub insipide, sauf qu’à la fin, une déclaration d’Amélie Retorre, Directrice du développement à Iznéo) m’a fait bondir :
« La BD papier est un bel objet, qu’on ait plaisir à offrir ou à garder et à collectionner, les fichiers numériques ne se collectionnent pas, ils se "consomment" ».

Je suis d’accord avec la première partie.
Par contre la seconde…
Ça veut dire quoi, exactement ?
Peut-être qu’une fois numérisée, une BD s’est transformée en une grosse bouse, qui ne mérite même pas qu’on la conserve sur son disque dur ?
(Ah non, je suis bête, avec le streaming, ce n’est pas possible.)
Ou alors, cette déclaration ne fait que justifier le modèle économique d’Iznéo, c’est à dire la lecture en streaming.

Mais que penser des BD numériques pures (turbomédia, blogs BD, webcomics) ? Si je suis bien le raisonnement de cette dame, si je m’en tiens a sa logique, elles ne peuvent être qu’un sous-produit consommable.

Je suis désolé de citer encore Izneo ; je n’ai rien contre eux en fait, mais putain !
Ils n’ont pas marre de dire des conneries aussi énormes ?

En fait, le problème de fond qui se pose quand on cherche à établir un vrai modèle économique pour la BD numérique (du moins pour la BD franco-belge) résulte justement de cet état d’esprit qui consiste à croire que c’est un produit consommable, jetable, comme une vulgaire paire de tongs.
Mais qui payera pour un consommable numérisé avec DRM ?
Pas moi.
C’est plus simple d’aller voir du côté du piratage : là, au moins le fichier est sur disque dur sans DRM. C’est moche, mais c’est comme ça.

Il n’est pas toujours bon de copier les modèles économiques américain ou japonais. On ne peut calquer ces stratégies sur la BD franco-belge. En effet, celle-ci ne fonctionne pas sur les mêmes bases que la stratégie utilisée pour les manga et les comics. La raison en est que si les lecteurs américains ou japonais ont une attitude plus consumériste face à un produit qu’ils peuvent considérer comme jetable (la qualité des supports papier étant du coup très relative), les consommateurs européens, eux, conditionnés depuis toujours à considérer les albums comme de beaux objets, soignés, cartonnés, bien imprimés, etc, accordent en plus une valeur intrinsèque, sentimentale, à la BD en elle-même, c’est à dire à l’œuvre elle-même plus qu’au contenant (fichier ou album.)

Il est possible que les générations Y, C et les suivantes adoptent une attitude plus consumériste et adhèrent à la déclaration de Madame Retorre ; mais je ne pense pas que ce soit une chose à souhaiter. Le projet Pirate ta BD ! a justement pour effet de lutter contre cette tendance, puisqu’il aide à diffuser et sauvegarder ces BDz numériques que Madame Retorre considère comme "jetables".

Pourquoi est-ce que les auteurs s’emmerderaient à faire de la BD numérique s’ils savent que leur travail va être perdu, que leur bébé va être jeté, oublié dans les fosses numériques de nos ordinateurs ?
Je signale à cette dame que nous vivons en 2013 et que beaucoup d’entre nous ont des collections numériques : vu le prix du tera, un particulier, peux facilement garder des données.
Prenons l’exemple des photos : les tirages numériques sont-ils plus consommables qu’un négatif ou qu’une version papier ?
Non.
Cela implique juste une autre gestion. Au lieu de mettre les photos dans un bel album, on les met sur nos disques durs, et on fait si possible des sauvegardes.

Il est hors de question que les Bdz soient réduites à un simple produit consommable. Les lecteurs de BD numérique étant les mêmes que ceux qui lisent les BDs papier, ce sont des collectionneurs, et je ne vois pas en quoi le fait que la BD soit numérisée empêche de constituer une collection, bien au contraire .


Source

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Messages

  • Merci pour cette prise de position très claire et très ferme.
    La bd numérique apporte des choses en plus par rapport à la BD papier.
    Elle est plus interactive, peut être lue dans d’autres environnements, par exemple en voyage sur une tablette, peut être appréciée différemment. Tout cela ce sont des plus adaptés à une évolution moderne, à des modes de vie plus nomades et à des possibilités de supports multiples.
    Nous ne voulons en revanche pas des moins, comme l’obsolescence rapide ou la lecture jetable…
    Za

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