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Conclusion : Dossier Bandes dessinées numériques Natives

mardi 7 avril 2015, par BDZMag


Pour conclure, j’aimerais apporter à ce dossier sur la BD numérique native le regard d’un lecteur bête et méchant, ce que je suis finalement.

Il m’est difficile en tant que lecteur de BD de penser qu’un jour une de ces formes de BD natives (sauf blog bd et webcomics) puisse remplacer totalement le format traditionnel d’une page avec des cases et des bulles. Et je ne suis pas le seul à penser la même chose.

Si on regarde du coté des éditeurs en France en ce moment, mis à part quelques tentatives comme 3 secondes, Mediaentity ou le Spirou z, qui s’est fini récemment, la seule avancée notable des éditeurs est de diviser en deux parties les pages des albums papier pour en faire la version numérique. C’est ce qui se passe avec les albums de Manu Larcenet par exemple.

On en revient au format italien, plus carré. La prochaine étape pourrait être d’imposer
ce format aux BD papier pour économiser les frais de mise en page…



Coté USA, l’éditeur Marvel est plus ouvert à de nouvelles formes de narration, mais cela ressemble plutôt à des tests pour voir si le public accroche ou pour promouvoir ou lancer une nouvelle série avec un supplément Turbomédia (Infinite comic chez Marvel) ou motion comic .

Je ne suis pas contre les expérimentations, bien au contraire. Si on n’essaie pas, on ne peut pas savoir si ça va marcher un jour, c’est bien évident. Prenons par exemple le motion comic, qui est un très bon support de présentation ou de promotion d’une BD, mais pas forcément un support très attractif pour le lecteur de bande dessinées. Je ne me vois pas regarder des vidéos ou des animations de plus de 5 minutes avec ce type de média.

Je serais très curieux de savoir ce qu’en pense le lectorat potentiel.


La temporalité des formats est aussi un problème. Par exemple le Turbomédia a commencé avec Flash (celui d’Adobe, pas celui de DC comics) et va être obligé de passer au HTML5, car Flash Player est petit à petit abandonné par les navigateurs.
La quasi-totalité des BD numériques natives est publiée en ligne sans possibilité d’avoir une copie sur son disque dur. Par conséquent, la disponibilité des BD est liée au bon vouloir de l’auteur de garder le site en ligne.

Pour le Turbomédia c’est un peu moins vrai, car il est possible de créer des Turbomédia en CBR et CBZ identiques aux versions Flash ou HTML5, sauf si le Turbomédia inclut du GIF animé. En effet, à ma connaissance, aucun lecteur de BD ne prend en charge le GIF animé. Mais j’espère de tout cœur qu’un développeur va mettre la main à la pâte pour combler ce manque. Ce serait un pas supplémentaire vers la lecture et la création de BD numérique native en mode off line.

La BD numérique native aura du mal à percer auprès du grand public s’il n’y a pas une réelle volonté d’innovation et d’expérimentation de la part des éditeurs, mais avant tout des auteurs de BD traditionnels, car ce sont eux qui conçoivent les planches et qui les dessinent.

Il est vrai qu’innover engendre plus de frais que prendre le format papier et le mettre en ligne ou refaire la mise en page en coupant la page en deux. En plus des frais, il n’y pas de business modèle qui a vraiment fait ses preuves dans la vente des BD numériques natives. Pour les auteurs, c’est un risque de s’aventurer sur un terrain aussi nouveau. C’est sans doute pour cela qui n’y a que peu d’auteurs qui se lancent sur cette voie de la BD numérique.



Cela nous amène à une autre question : le public lecteur de BD sur écran est-il prêt à faire le pas vers ces BD numériques natives ?

Franchement je ne crois pas. Pour l’expérience oui, mais pour une lecture habituelle ce n’est pas sûr du tout. Le lectorat de BD numérique en France reste plutôt marginal, si en plus on lui enlève tous les repères de la BD traditionnelle, le résultat pourrait être catastrophique en encourageant les Bédénautes à aller voir du coté obscur du piratage où il n’y a que de la copie papier numérisée.

Donc, pour que le public accepte la BD numérique native, il faudrait l’injecter à dose homéopathique en présentant des variantes des BD papier avec un peu, et j’insiste sur le « un peu », d’éléments qui rendront la lecture turbomédiative, stripopise ou interactive pour habituer le lecteur.



Pour conclure cette longue conclusion…

Ben quoi !

Je n’ai presque rien écrit dans les autres rubriques du dossier, je me rattrape maintenant !

Je pense aussi à un autre truc… Non, non, je plaisante, c’est fini … ouf !

En fait non, ce n’est pas fini !

C’est votre tour et si avez un truc à dire c’est le moment : je vous invite vivement à laisser vos commentaires à la suite de ce texte.


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Messages

  • Hello,

    D’abord, merci pour ces articles sur la BD numérique. J’aime beaucoup votre ligne éditoriale, et je me retiens à peine de retweeter chacune de vos nouvelles publications :)

    Juste une remarque concernant ce passage :

    « le public lecteur de BD sur écran est-il prêt à faire le pas vers ces BD numériques natives ? Franchement je ne crois pas. »

    Pourquoi limiter le lectorat potentiel de BD numériques aux lectorat actuel de BD numérisées (ou lecteurs de BD traditionnelles sur papier) ? J’imagine volontiers que les BDs crées spécialement pour les écrans web puissent capter une audience nouvelle, qui ne se définiraient pas spécialement comme bédéphile à la base.

    C’est un phénomène qu’on avait pu constater avec les blogs BD, par exemple. Alors pourquoi pas avec des narrations un peu plus disruptives ?…

    • Merci ClemKle pour ton soutien

      Pourquoi limiter le lectorat potentiel de BD numériques aux lectorat actuel de BD numérisées (ou lecteurs de BD traditionnelles sur papier) ?

      je n’ai pas voulu faire une limitation ou du moins pas intentionnellement
      Je cite juste les lecteurs de BD qui ont déjà une expérience de lecture sur écran que ce soit des scans numérisés ou de BD en Streaming comme un lectorat de référence plus enclin a lire de la BD natives .

  • Toujours amusé de constater combien un aussi grand fan de BD numérisées reste sceptique vis à vis des BD purement numériques ;-) . Scepticisme qui vient avant tout du marché et du modèle économique, si l’on résume bien l’affaire : « OK pour des expériences artistiques/techniques gratuites, pour des blogs amateurs ou pour du piratage, mais sinon, soyons sérieux, ça ne prendra jamais ».

    Historiquement, la BD s’est construite non pas sur des expériences artistiques, mais sur une économie répondant aux besoins d’un public. Economie qui a permis aux auteurs (professionnels) d’imposer progressivement leurs propres solutions, plus ergonomiques et plus artistiques.

    Dans leurs journaux (qu’ils achetaient), les lecteurs ont d’abord été attirés par ces récits plus illustrés que les autres, puis par les récits « à bulles » (qui désignaient plus aisément le locuteur), puis par les comic-books à 10c (qui condensaient les bandes des journaux), puis par les comic-books exclusifs (et foisonnants), puis par les albums cartonnés (plus faciles à collectionner), puis par les BD-livres (s’extrayant du feuilleton ou de la série)… jusqu’à l’impasse actuelle. Impasse qui comporte pourtant une (petite pour le moment) issue de secours : le numérique.

    Pour quelle raison les gens n’iraient-ils pas lire des BD dans ce même support numérique qu’ils consultent tout le temps ? Nos appareils mobiles sont les journaux d’autrefois. Le support est là, les lecteurs s’y trouvent déjà, les techniques artistiques ont déjà été formalisées (cf ce dossier), il ne manque plus qu’à faire le lien entre tout ça ! Il « suffit » de penser « marché » au lieu de penser « possibilités artistiques/techniques ». Un marché risqué, nouveau, pas facile à démarrer, qui nécessitera de multiples concessions, mais un marché qui n’attend que nous.

    Ce même marché qui élaguera de lui-même les techniques artistiques non-viables (ex : on a longtemps vu des BD verticales, dans les journaux, puis elles ont disparu au profit des strips horizontaux puis des pages complètes. Idem pour les BD romantiques « tuées » par les roman-photos, etc…)

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