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ClemKle et le turbomédia

vendredi 12 février 2016, par BDZMag

I

Si je vous dis Turbomédia ?
Vous pensez tout de suite à Balak bien sûr !
Dans le cas contraire, je vous invite à découvrir le Turbomédia en lisant notre dossier Bandes Dessinées Numériques Natives.

Balak est le grand gourou, l’inventeur du Turbomédia. Il a ses disciples dont ClemKle qui dessine à l’encre de kraken (si, si, c’est vrai !).

Elle se présente ainsi sur son blog :


Hello folks !
Moi, c’est ClemKle.
Comme beaucoup d’entre vous, j’adore la BD <3
Déjà petite, je dessinais des BDs avant de savoir lire et écrire ; dès que j’ai su, j’ai lu énormément de BDs, mangas et comics.
Je suis née dans les années 90, alors j’ai grandi avec Internet ; les marketeux diront que je fais partie des digital natives. J’ai passé toute mon adolescence sur une île perdue dans l’océan Indien, et le web était ma fenêtre vers le reste du monde, ma façon d’apprendre de nouvelles choses, de rencontrer des gens avec les mêmes intérêts, de découvrir de nouveaux artistes et techniques, et de montrer mes dessins et BDs. Merveilleux monde du web 
Lors de mes études, je n’avais plus assez d’argent ni de place pour acheter des BDs. Mais je n’ai jamais cessé d’en lire pour autant ; je les dévorais derrière un écran d’ordinateur. Et ce n’était pas pratique, parce qu’une BD n’est pas faite pour un écran, mais pour du papier à la base ! Et les adaptations à ce nouveau format n’étaient pas toujours très bonnes…
Jusqu’au jour où j’ai découvert le manifeste de Balak, qui présentait le concept du turbomédia. Une BD faite pour la lecture sur écran ! Des digital native comics…
Ce fut ma grande révélation. Je crois que je fais partie d’un groupe très large de personnes, d’internautes, scrutant leurs écrans numériques à la recherche de nouvelles histoires à découvrir. J’avais enfin trouvé le format qui me convenait, qui allait continuer de me surprendre et de m’émouvoir, sur mon support préféré !
Comme je dessine, j’ai voulu apprendre à en faire ; comme je voulais en lire encore plus, j’ai voulu apprendre aussi aux autres à en faire ! Et c’est de cette envie et de cet enthousiasme qu’est né Digital-Native-Comic.com, mon nouveau blog où je partage, avec vous, mes expériences narratives numériques.
Merci à vous pour votre visite !


L’interview :


Bonjour, ClemKle. Tu es une dessinatrice de grand talent.
Tu aurais pu faire un blog BD plus orienté grand public, genre ta vie trépidante avec ton animal de compagnie, mais tu as préféré répondre à l’appel du Turbomédia.
Avoue que c’est Balak qui t’a vaudouisée !

« Balak y est pour beaucoup, vu que c’est son manifeste About Digital Comic qui m’a convaincue de partir à la conquête d’histoires dessinées pour être lues sur écran !
L’appel du turbomédia est irrésistible. C’est un art tout nouveau, les codes restent à inventer ; une vraie aventure !
En plus je n’ai pas d’animal de compagnie, alors il fallait bien que je trouve autre chose.
Je précise pour le reste de l’interview sur les termes que j’emploie, la distinction entre BD numérique et BD numérisée. Je reprends la terminologie de Julien Falgas que je trouve très pertinente ; les BD numériques sont celles crées spécifiquement pour la lecture sur écran numérique, tandis que les BD numérisées sont celles qui sont d’abord dédiées au papier, et qui sont adaptées après coup pour la lecture sur écran numérique.. »

Tu dis faire partie de la génération Digital Natives, la BD papier est-elle importante pour toi ou tu pourrais tout lire sur écran en te passant totalement du papier ?

« Je ne tiens pas spécialement au papier. Par exemple, pour les romans, je suis passé au tout numérique ! L’achat en ligne est plus rapide et simple, et je trouve que la lecture sur liseuse est plus agréable. Je lis aussi des Bds numérisées et beaucoup de blogs BD.
Par contre, j’achète aussi des Bds papier, mais c’est surtout parce que ces Bds n’existent pas en version numérisée. Ou alors parce que cette version offre une expérience de lecture moins satisfaisante - ce qui est souvent une fatalité lorsqu’on essaie d’adapter une BD conçue pour le papier à un format numérique. Donc je ne peux pas me passer du papier, faute de vraie alternative numérique !
Si j’avais le choix entre lire une même histoire en BD papier ou en BD nativement numérique, je choisirai la seconde sans hésiter. Ça correspond davantage à mes habitudes, je trouve ça plus pratique.
Cela dit, si on avait une offre de BD numériques aussi vaste et de même qualité que la BD papier, j’achèterai quand même des Bds papier. Beaucoup moins, mais quand même. J’aurai une bibliothèque plus réduite, mais plus représentative des Bds que je préfère, avec des éditions luxueuses que je serai prête à payer plus cher. »

Le Turbomédia n’est pas trop connu du grand public français. Aux USA, en grande partie grâce à Marvel qui l’inclut dans ses versions numériques, les lecteurs américains commencent à être un peu plus habitués à cette nouvelle forme de narration.
Que ferais-tu si tu avais le pouvoir (illimité) de promouvoir le Turbomédia en France ?

« Je commencerais probablement par imiter cette scène :

Hm, pouvoir illimité ?
Ayant des ressources financières infinies, je créerais un studio de production et de diffusion de Bds numériques. J’y inviterais des gens talentueux et passionnés à y travailler contre un très bon salaire. Des développeurs, des dessinateurs, des animateurs, des webdesigners, des gens du webmarketing, etc.
Je crois que le meilleur moyen de promouvoir le turbomédia et la BD numérique en général, c’est de soutenir sa création. Je pense sincèrement que la BD numérique est une forme attractive de contenu web, à l’heure où de plus en plus de gens ont les yeux portés vers au moins un écran numérique dans leur vie quotidienne. Le seul frein que je vois au développement de ce type de contenu, c’est que ses créateurs y mettent leur propres ressources en temps et argent, ce qui limite leur marge de manœuvre.
En attendant, je continue mon bout de chemin sur le blog. Je donne aussi un coup de main au niveau des contenus dessinés sur la plateforme de TurboInteractive, gérée par BatRaf, sur laquelle on peut trouver plein de turbomédias. C’est ma façon de promouvoir le turbomédia, avec mes pouvoirs limités :)
J’espère que ça donnera envie à d’autres personnes de lire et de créer plus de BD numériques - ou même, d’en soutenir les créateurs ! »

Nous avons discuté sur Twitter de mon article sur l’entrée de la Fnac au capital d’Iznéo et plus particulièrement de l’inclusion des BD numériques natives dans une offre légale.
Peux-tu nous donner ton ressenti sur ce sujet ?

« Quand j’ai vu le titre de ton article passer sur Twitter lors la de la première publication, j’ai directement imaginé une liseuse Fnac x izneo spécial BD numérisée ! Ce serait une excellente idée pour améliorer l’expérience de lecture du contenu izneo. C’est normal d’avoir du mal à adapter une BD papier aux écrans numériques existants ; mais on peut en inventer d’autres. Je pense qu’en tant que lecteur(ice) de BD numérisées, on peut s’attendre à de bonnes choses.
Je n’avais pas beaucoup d’espoir concernant ta question sur l’offre de BD nativement numérique, et la réponse m’a quand même déçue. Je me trompe peut être, mais rien ne confirme l’intérêt revendiqué d’izneo pour la BD nativement numérique. Et la difficulté mentionnée sur la diversité des formats (à court terme ? Pas à long terme ?) ne semble pas être insurmontable par d’autres acteurs qui ont choisi un type de BD numérique en particulier ; le turbomédia Infinite Comic chez Marvel, Comixology ou le webtoon chez Delitoon, par exemple. La BD numérique est encore considérée comme trop expérimental et risqué par l’industrie de la BD papier dont izneo fait partie. Les maisons d’édition de BD considèrent que leur métier se limite au papier et préfèrent laisser d’autres acteurs s’essayer à la BD numérique avec succès avant de s’aventurer sur ce domaine. »

Comment choisis-tu les sujets que tu traites ?

« Selon l’envie, l’inspiration, les prouesses techniques de BatRaf… pas de règle !
J’essaie de ne pas me donner trop de contraintes. Je vois la BD numérique comme un vaste champ de possibilités, et je ne me donne aucune restriction pour les découvrir. Je suis dans le turbomédia pour le fun. »

C’est le moment de l’instant polémique (lol)
Personnellement, je trouve que la principale faiblesse du Turbomédia réside dans les effets d’animations que procure le HTML5. Ce sont des effets visuels qui donnent certes un gros plus à l’ensemble, mais en même temps, cela se rapproche plus de l’animation que de la BD.
J’aurais plutôt préféré un travail plus en profondeur sur le découpage des séquences ou bien des effets statiques encore plus accentués. L’ensemble garderait l’essence première de la BD et surtout elle serait lisible hors ligne.
Ton opinion ?

« Oh, cool, du challenge !
Il y a plusieurs types de turbomédia. Hervé Créach a identifié 3 écoles :

  • Le turbomédia classique, qui met un point d’honneur à l’efficacité du découpage et ne contient aucun ajout, faisant s’enchaîner sobrement image après image en suivant les clics du lecteur. C’est le cas par exemple de l’excellent Pax Arena de Mast & Geoffo.
  • Le turbomédia animé, qui n’hésite pas à utiliser l’animation, quitte à faire moins de découpage et proposer une image par écran. Comme ce que fait Malec.
  • Le turbomédia expérimental, qui se propose d’explorer les autres possibilités du support numérique (animations, effets de transitions, interactivité, son, etc).

D’après ta question, je crois comprendre que tu es un adepte de la première école :) C’est un type de turbomédia que j’apprécie énormément, et lorsque j’ai commencé à en créer, je pensais que j’appartiendrais à cette catégorie.
Mais je me suis rendue compte qu’on pouvait vraiment soutenir l’intention de l’histoire avec ces ajouts. Finalement, si ajouter une animation ou un autre effet numérique permet de mieux traduire l’émotion, de mieux raconter l’histoire, d’inviter le lecteur à y entrer… pourquoi s’en empêcher ?
Je crois qu’il y a encore beaucoup à inventer, et c’est d’ailleurs ce qui me motive dans le turbomédia. Ne pas savoir encore exactement comment raconter une histoire, tester de nouvelles choses, se tromper parfois, innover d’autres fois. BatRaf a toujours de chouettes idées pour dynamiser mes dessins, il faut voir nos turbomédias comme des expériences ! Personnellement, je suis là pour apprendre, au-delà des limites de la BD papier.
J’essaie de ne pas tomber dans le gadget non plus ; chaque « ajout » (animation, effet, interactivité etc) doit être un choix réfléchi et doit se justifier avec l’histoire. Si on retire les effets des turbomédias Watching you ou Fight Club, ça n’a soit plus de sens, plus de fin, ou plus d’intérêt !
C’est vrai que c’est dommage qu’il n’y ait pas de version offline pour le moment, mais je pense que c’est possible d’en faire une sans amputer les effets numériques. J’en discuterai avec BatRaf !

Peux-tu me parler d’une BD, ou d’un film, qui t’a marquée récemment ?

« Alors en BD papier, il y a l’Apocalypse selon Magda, de Chloé Vollmer-Lo et Carole Maurel. Un scénario apocalyptique comme je les aime, où on se soucie plus du développement des personnages que des causes ou des coupables de la fin du monde. Quelle claque, cette histoire. Il y a pas mal de tirades qui me parlent beaucoup. Le tout avec un dessin très expressif et des couleurs magnifiques. Dans un format papier que je peux mettre dans mon sac et que je peux lire dans le métro, avec beaucoup de pages, c’est parfait. Je recommande !
Côté cinéma : The Hateful Eight de Tarantino. C’est un réalisateur que j’aime beaucoup, et son dernier film est l’un de ses meilleurs selon mon humble avis. Peut-être que je ferai une adaptation d’une scène d’un de ses films. Pour l’instant, ce n’est pas prévu :) »

La question que je ne t’ai pas posée ou tout simplement une conclusion ?

« Pourquoi je ne fais pas de la BD papier, comme tout le monde ?
C’était mon rêve d’enfance de devenir auteur de BD, et peut être qu’avec beaucoup de travail j’aurai pu être éditée. Mais aujourd’hui, ça craint un peu de se lancer dans le milieu quand on voit les dernières statistiques des états généraux de la bande dessinée. Le métier d’auteur de BD est de plus en plus précaire. En tant que lectrice, ça m’inquiète beaucoup. En tant que dessinatrice, ça me refroidit carrément.
La BD numérique, que l’industrie de la BD papier refuse de considérer ou soutenir, pourrait être une alternative à un modèle ancien dont les règles en défaveur des créateurs peinent à évoluer. J’aime le fait d’avancer sur un domaine encore relativement nouveau, avec tout à apprendre et à inventer. En tout cas, c’est la voie que j’ai choisie ! »

Voir en ligne : Site de l'auteur


Turbomedia de Clemkle :






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