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Apprenti Mangaka ???

mercredi 29 avril 2015


Voici un petit article, qui n’a pour prétention que d’éclairer la lanterne des jeunes dessineux plein de rêves et souvent de naïveté.
Pas d’analyse, pas de débat ni de thèse, juste des infos véridiques sans filtre.
Ce message s’adresse avant tout aux jeunes qui espèrent un jour faire ce métier-passion.

En France, c’est assez tabou de parler d’argent et la plupart des professionnels du métier ont beau crier à la naïveté de ces jeunes pousses, il faut bien reconnaitre qu’il y a peu d’info sur le métier d’auteur de BD et donc de Manga. Peu d’info en ce qui concerne le taf , les contrats et surtout la rémunération.
Ce manque d’information, ce flou, profite finalement à certains éditeurs.

Aujourd’hui être mangaka est devenu le rêve de bien de jeunes dessinateurs biberonnés aux mangas et à la culture jap, et ce mot est devenu à la mode, (il y a même des écoles de manga…).

Je fais du manga en France depuis 2005, 10 ans que je tombe mes 350 pages par an, imposées par le rythme, le format, le lectorat et mon plaisir.
J’ai pu voir évoluer le marché, les états d’esprit, voir des bonnes idées émerger, de mauvaises aussi …
Le milieu du manga français est très petit, nous sommes environ une quarantaine d’auteurs à faire ou à avoir fait du manga.
Comme tous les métiers de passionnés, c’est un cercle très ouvert et, ancienneté oblige, j’ai échangé avec quasiment tous ces passionnés, les futurs, les actuels et les anciens auteurs. J’ai pour ainsi dire eu à faire à tous les contrats et propositions de tous les auteurs et ce chez tous les éditeurs.
Voici donc la grille des tarifs qui s’applique dans notre métier.

On va parler ici de forfait, et non de prix à la page car souvent le choix du nombre de pages est laissé libre à l’auteur (160, 180, 200, 220 ect…)
Tout auteur et éditeur confondus, la rémunération proposée le plus couramment va de :

[bleu marine]10 000 euros à 15 000 euros d’avance sur droit pour un tome ![/bleu marine]

Ces contrats étaient déjà proposés à mes débuts (en 2005) et ça n’a pas trop évolué jusqu’à maintenant.
Savoir si c’est assez ou non est un autre débat.

En général, quand on fait du manga, on est souvent scénariste, dessinateur, trameur, coloriste… et vous êtes payés ce forfait malgré vos multiples casquettes.
Les contrats à 10 000 euros sont bien sûr livrés avec un burn-out et une petite dépression à la fin du tome. Les auteurs qui ont accepté les contrats à 10 000 ne s’en sont pas relevés.

Faire du manga c’est très stressant, très éprouvant physiquement et il faut suivre le rythme !
Ce rythme n’est pas forcément imposé par l’éditeur, mais plutôt par le lectorat, le marché concurrentiel des japonais, et la façon de consommer ce genre de bd, tout va vite, trop vite.
Tous vous le diront c’est du 10h de dessin minimum par jour, 7/7.
Avec ce rythme vous essaierez d’atteindre une production, d’un tome et demi par an.

La rémunération, comment ça marche ?

Nos ainés se sont battus pour que l’on puisse vivre et manger pendant la réalisation du tome, sans devoir attendre la sortie du bouquin et ses ventes pour commencer à être payé, c’est ce que l’on appelle[bleu marine] l’avance sur droit.[/bleu marine]

Plus clairement, l’éditeur vous paye un forfait durant la réalisation du tome,
par exemple 12 000€.
A chaque fois qu’un tome de votre série est vendu, vous remboursez une partie de
cette avance. En moyenne, ça varie entre 8 et 12% du prix HT du tome.
exemple : un tome de Dreamland est à 6.95€ TTC, ça fait 6.59€ HT.
Donc 8% de 6.59€ , ça fait 0,52€.
L’auteur rembourse 52 centimes à chaque tome vendu.

Donc, pour savoir combien de tome il faut vendre avant de toucher ses droits d’auteur, il faut faire 12000€ divisé par 0, 52€, soit 23 077 tomes.
Ce n’est qu’une fois la somme remboursée, que l’on touche ses droits d’auteur.
ce camembert a droite montre, qui gagne quoi sur un tome vendu :

Maintenant que vous connaissez la fourchette des tarifs, accepter des sommes plus petites juste pour pouvoir être publié, c’est tout simplement aller au devant d’un cercle malsain et sans fin pour vous. Vous ne vous en sortirez pas financièrement et mentalement.

Mais c’est aussi tirer le marché, et les auteurs, encore plus vers le bas, et donner plus de force à ceux qui en ont déjà pas mal : les éditeurs.
Un éditeur qui veut se lancer dans de la création manga et vous jeter au milieu des block buster jap, se doit de vous donner les armes adéquates dès le début.

Nous ne sommes pas moins bons, ni moins rapides, ni moins travailleurs que les japonais, nous n’avons tout simplement pas la même structure en France. L’édition est différente du système éditorial Japonnais (bakuman c’est le maaaaal)
Même sans exiger 40 assistants dès le premier chapitre, si un éditeur vous questionne à propos du rythme et de l’assistanat, c’est bon signe sur son début d’implication.
Quelques uns le font, d’autres non… à vous de poser la question et de négocier.

Aujourd’hui faire du manga en France est désormais possible, et ce grâce aux auteurs, aux lecteurs et aux éditeurs, mais ce n’est pas une raison pour se voir proposer et signer n’importe quoi.

Reno

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